Le négationnisme est le fait de contester la réalité de la Shoah, de nier la réalité du génocide des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Cette contestation s’attaque à l’ampleur du génocide, aux modalités, à la volonté des Nazis de le commettre. Les négationnistes partent d’une hypothèse de départ qui, en fait n’en est pas une. En effet, leur idée est de démontrer que le génocide des Juifs n’a pas existé. Ils partent donc de cette idée considérée comme acquise et font alors tout afin de conclure qu’ils ont raison. Les techniques employés par les négationnistes sont diverses . Par exemple, cela peut être la recherche obsessionnelle de « preuves » considérées alors comme décisives permettant de disqualifier les témoignages et les documents considérés par eux comme gênants. De fait, tout est étudié en cherchant la disqualification systématique sur un détail d’un témoignage ou d’un document. De même, toutes les sources sont sujettes à caution et tout n’est, selon eux, que manipulation : aveux des dignitaires nazis ou des SS lors des différents procès, témoignages, documents, listes de déportation, statistiques sur les communautés juives disparues. Les témoignages et écrits des exécutants de la « Solution Finale » sont minimisés : il en est ainsi des discours de Himmler dans lesquels celui-ci parle « d’extermination du peuple juif ». d’autres discours ou témoignages sont interprétés dans un sens qui correspond forcément à l’idée de départ. Ainsi, les termes employés par les Nazis afin de dissimuler le génocide qui sont connus des historiens pour être un langage volontairement codé, sont pris au sens littéral ( « évacuation », par exemple, qui désigne en réalité liquidation). De manière systématique, les négationnistes font des chambres à gaz des locaux d’épouillage et de désinfection, les fours crématoires servant à brûler les cadavres des victimes du typhus ou autres maladies. L’argumentation technique sert alors de base aux négationnistes qui essaient de démontrer en faisant appel à des « experts » autodésignés que le meurtre de masse par les gaz est techniquement impossible. Enfin, le contexte d’ensemble est entièrement ignoré. Les actions des Einsatzgruppen ou encore le programme T4 d’élimination des asociaux qui précéda la Shoah sont oubliés. Les négationnistes sont obsédés par les idées de complot, d’escroquerie et de falsification à l’échelle mondiale qu’ils seraient les seuls à voir et analysent tous les documents au regard de ces obsessions. Les tenants de ces discours, d’abord appelés « révisionnistes », sont désignés aujourd’hui sous le terme négationnistes. En effet, ils avaient eux-mêmes choisi le premier terme de « révisionnistes » prétendant ainsi s’inscrire dans un démarche historique.
De fait, l’histoire écrite par les historiens est sans cesse révisée par des analyses et des problématiques renouvelées au regard de nouvelles sources éventuelles ou de nouvelles recherches lesquelles utilisent les règles du métier d’historien et de la critique historique. Or, les négationnistes n’emploient pas ces règles qui ne sont pas seulement celles de la critique littéraire ou de la discussion technique d’ »experts ». Les écrivains négationnistes ignorent le métier d’historien puisque leurs propos s’appuient sur des falsifications et des mensonges. C’est l’historien Henry Rousso qui, en 1987, décida de mettre un terme à l’ambiguïté de l’emploi du terme révisionnisme : « Le grand public découvre [en 1978] le milieu interlope des “révisionnistes”, un qualificatif qu’ils s’attribuent impunément : le révisionnisme de l’histoire étant une démarche classique chez les scientifiques, on préférera ici le barbarisme, moins élégant mais plus approprié, de “négationnisme”, car il s’agit bien d’un système de pensée, d’une idéologie et non d’une démarche scientifique ou même simplement critique.
Selon Pierre Vidal-Naquet , le discours des négationnistes s’appuie sur 6 points:
1. Il n’y a pas eu de génocide et l’instrument qui le symbolise, les chambres à gaz, n’a jamais existé.
2. La « Solution finale » ne fut jamais que l’expulsion des Juifs en direction de l’Est européen.
3. Le chiffre des victimes juives du nazisme est beaucoup plus faible qu’on ne l’a dit, éliminant de fait tout génocide ou tentative de génocide de la part de l’Allemagne nazie.
4. L’Allemagne hitlérienne ne porte pas la responsabilité majeure de la Seconde Guerre mondiale. Elle partage cette responsabilité, par exemple, avec les Juifs, ou même elle n’a pas de responsabilité du tout.
5. L’ennemi majeur du genre humain pendant les années trente et quarante n’est pas l’Allemagne nazie, mais l’URSS de Staline et le bolchevisme.
6. Le génocide est une invention de la propagande alliée, principalement juive, et tout particulièrement sioniste, que l’on peut expliquer aisément par une propension des Juifs à donner des chiffres imaginaires, mais
aussi par leur volonté d’en tirer un profit financier.
De fait, ce genre de propos cache un discours idéologique. L’antisémitisme se cache derrière un discours antisioniste obsessionnel qui refuse l’idée que les Juifs aient été victimes. Ceux-ci auraient donc instrumentalisé un mensonge afin de parvenir à leurs fins. Le souhait des négationnistes est de faire disparaître la singularité liée au génocide. Il s’agit donc de banaliser, voire pour certains de réhabiliter le régime nazi ayant commis le génocide.