La persécution des Juifs fut chose publique en Allemagne dès l’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933. Ainsi, le boycott des magasins juifs lancé le 1er avril 1933 fut connu de toute la société allemande. Les lois raciales de Nuremberg édictées en 1935 excluant les Juifs de la société allemande furent publiées et mises en pratique aux vu et su de tout le monde. Le pogrom de la Nuit de Cristal dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 vit l’arrestation de 30 000 personnes, la mort de plusieurs dizaines, la destruction de centaines de lieux de culte et de synagogues. Le port obligatoire de l’étoile jaune qui fut décidé en septembre 1941, le regroupement des allemands de confession ou d’origine juive dans des immeubles étaient vus et connus de tout le monde.
Les Nazis cherchèrent à dissimuler la « Solution finale » derrière un vocabulaire volontairement elliptique. Nous pouvons penser que pour un grand nombre d’Allemands, les Juifs, qui avaient disparu de la société allemande, avaient été expédiés vers l’Est dans le but d’être réinstallés ou de travailler, mais que rien n’était vraiment clair quant à leur destin. Toutefois, comment ne pas penser qu’une partie importante de la société allemande pouvait avoir des informations sur ce qui se passait ? Le professeur Victor Klemperer, pourtant enfermé dans son appartement, coupé de toute information et de tout contact avec la société allemande, mentionne Auschwitz, dans son journal , le 16 mars 1942, ajoutant qu’il se passe là bas des choses atroces. Le nombre d’employés de la Reichsbahn (société des chemins de fer allemands) qui conduisaient ou voyaient passer les trains de la mort, les employés des nombreux services administratifs qui traitaient ces questions, sans parler des acteurs eux-mêmes : policiers de l’Ordnung Polizei chargés de massacrer les populations juives en Pologne et Russie, membres des Einsatzgruppen.
Ainsi, nombreux furent ceux qui étaient au courant et beaucoup parlèrent sûrement autour d’eux de ce qui se déroulait. Il est fort intéressant de voir d’ailleurs la réaction des hommes d’Eglise, et notamment de Mgr Von Galen, évêque de Münster, qui parvinrent à faire stopper le programme T4 d’élimination des handicapés et asociaux dès qu’ils émirent une protestation officielle.