Quelle furent leurs attitudes ? Collaborèrent-ils avec les Nazis contre les Juifs ?
Les comportements des populations occupées par l’Allemagne nazie face aux persécutions et déportations des Juifs varièrent et il est très difficile de dresser un bilan exhaustif des différentes attitudes. En effet, dans chaque pays il y eut de zélés collaborateurs des Nazis dans la chasse faite aux Juifs, collaboration qui alla de la dénonciation à l’action active au sein d’organisations policières ou militantes mais il y eut également de nombreuses personnes qui aidèrent les Juifs. Toutefois, si la situation des Juifs changeait de pays à pays, dans tous les pays qu’elle occupa, l’Allemagne nazie pu trouver une collaboration effective à sa politique de discrimination, persécution et déportation. Ce fut particulièrement vrai en Europe de l’Est où une tradition ancienne d’antisémitisme favorisa la collaboration à l’entreprise d’anéantissement du judaïsme européen. En effet, les Juifs d’Europe de l’Est eurent à souffrir beaucoup plus de la collaboration active d’une partie de la population. Les témoignages poignants sur la situation des Juifs en Pologne, et notamment l’extraordinaire témoignage de Calel Perechodnik, montrent à quel point une partie de la population polonaise se satisfaisait du sort fait aux Juifs.
De plus, les populations juives furent là exterminées sur place, au vu et au su de toute la population qui connaissait le sort réservé aux Juifs. Les Nazis furent même suppléés par des auxiliaires, notamment baltes et des mouvements antisémites locaux participèrent aux actions anti-juives comme la Garde de fer en Roumanie, les Croix fléchées en Hongrie.
Ailleurs en Europe, notamment occidentale, la population avait moins d’informations sur les détails de la « Solution finale ». Toutefois, il faut insister sur le fait que dans tous les pays d’Europe occupée, des individus sauvèrent des milliers de personnes au péril de leur vie en les cachant, les protégeant ou leur permettant de fuir. Des groupes d’aide et de résistance aidèrent également les populations juives à échapper aux massacres comme Zegota en Pologne, la résistance à Assisi en Italie ou encore Le groupe de Joop Westerweel’s aux Pays-Bas.
Que savaient les Alliés et les peuples du monde libre ? L’antisémitisme déclaré du régime nazi fut très tôt connu et compris aux Etats-Unis et en Europe. La presse s’en fit largement l’écho. Une fois la guerre déclarée et la « Solution Finale » engagée, les Nazis laissèrent circuler moins d’informations. Toutefois, moins d’un an après le début de la destruction systématique du judaïsme européen, des informations commencèrent à filtrer. Ainsi, le premier rapport qui parla clairement d’un plan méthodique de meurtre de masse des Juifs fut sorti en cachette de Pologne par des militants du Bund (Parti socialiste des travailleurs juifs) et fut transporté en Angleterre au printemps 1942. A l’été 1942, le cablogramme de Gerhart Riegner représentant du Congrès juif mondial à Genève, envoyé aux gouvernements britannique et américain confirma le précédent rapport. De plus, les missives de Richard Lichtheim (1885-1963), délégué de l’Agence juive en Suisse auprès du Vatican et des différents gouvernements alliés informaient ceux-ci de l’évolution dramatique de la situation. Il fallut attendre la fin de l’année 1942 pour que la multiplication des confirmations mette fin aux derniers doutes. Le gouvernement américain confirma alors aux autorités juives américaines le contenu des différents rapports qui arrivaient de l’Est européen par l’intermédiaire des gouvernements en exil par exemple. Ainsi, Jan Karski, émissaire de la résistance polonaise, qui avait pu pénétrer dans le ghetto de Varsovie, rencontra les plus hautes autorités afin de prévenir de ce qui se déroulait. L’aviation britannique prit même des photos du camp d’extermination de Birkenau sur lesquelles les colonnes de fumée des crématoires étaient nettement visibles. Les puissances alliées adoptèrent
le 17 décembre 1942 une déclaration commune qui dénonçait le massacre des Juifs. La chambre des Communes observa une minute de silence en hommage aux victimes. De fait, la plupart des éléments de l’extermination des Juifs étaient connus des Alliés dès 1942.