La Milice française, généralement simplement appelée la Milice, était une organisation politique et paramilitaire française créée le 30 janvier 1943 par le régime de Vichy, en réponse à une exigence formulée par Adolf Hitler à Pierre Laval le 19 décembre 1942 (le Führer étant inquiet des progrès de la Résistance qu’il considérait comme terroriste). Supplétifs de la Gestapo et des autres forces allemandes, les miliciens participèrent à la traque des Juifs, des résistants, des réfractaires au STO et de tous les autres « déviants » dénoncés par le régime de Vichy et les collaborateurs fascistes. La Milice était ainsi à la fois une police politique et une force de maintien de l’ordre.
Le chef officiel de la Milice était Pierre Laval, chef du gouvernement, mais le véritable responsable de ses opérations était son secrétaire général, Joseph Darnand, officier Waffen-SS ayant fondé en 1941 le Service d’ordre légionnaire (SOL), précurseur de la Milice française.
Organisation de type fasciste, la Milice se voulait un mouvement révolutionnaire, à la fois antirépublicain, antisémite, anticommuniste, contre le capitalisme international, pour le corporatisme, nationaliste et autoritaire1. Elle sembla avoir ambitionné de devenir l’équivalent d’un parti unique de l’État français. Sa montée en puissance marqua en tout cas, selon Robert Paxton et Stanley Hoffmann, la fascisation finale du régime de Vichy.
Comme les nazis, les miliciens se livraient régulièrement à des arrestations arbitraires, des rafles, des exécutions sommaires, voire des massacres, et utilisaient la torture (en particulier contre les résistants). Leur pratique systématique de la violence et leurs nombreuses exactions, tout comme leur collaborationnisme jusqu’au-boutiste même lorsque les Alliés étaient aux portes de Paris, contribuèrent à en faire, en dépit de la délation, une minorité marginale suscitant la défiance de la majorité de la population.
À son apogée entre le printemps et l’été 1944, la Milice participa au climat de quasi-guerre civile caractérisant la France des dernières heures de l’occupation, mais elle n’eut jamais plus de 35 000 membres (29 000 adhérents en automne 1943 selon Francis Bout de l’An, sur lesquels, d’après le chef du service des effectifs, l’enseigne de vaisseau Carus, seulement 10 000 étaient actifs). La Milice ne dépassa jamais les 15 000 militants actifs au total.
L’hymne de la Milice était Le Chant des cohortes, qui était à l’origine l’hymne du Service d’ordre légionnaire.
L’origine de la Milice
Joseph Darnand, secrétaire général de la Milice française, vers 1943-1944.
Joseph Darnand, vétéran de la Première Guerre mondiale, combattant volontaire de la Seconde Guerre mondiale, activiste d’extrême droite et ancien « cagoulard », prend la tête de la Légion française des combattants dans les Alpes-Maritimes.
Après l’ouverture de celle-ci aux jeunes partisans du régime qui n’ont jamais combattu, il fonde en août 1941, dans son département, le Service d’ordre légionnaire. « Remarqué par les ministres Darlan et Pucheu lorsqu’il est à la tête de la Légion française des combattants de Nice, Darnand va bénéficier de leur soutien pour développer son organisation paramilitaire, le Service d’ordre légionnaire (SOL). Ancêtre de la Milice, le SOL s’étend à l’ensemble de la zone Sud et réunit un effectif de 15 000 hommes issus pour la plupart de l’extrême droite. » L’organisation est fondée sur 21 points qui donnent la matrice idéologique du mouvement : « contre le capitalisme international, pour le corporatisme français », « contre la condition prolétarienne, pour la justice sociale », « contre la lèpre juive, pour la pureté française », « contre la franc-maçonnerie païenne, pour la civilisation chrétienne ».
La Milice française, police supplétive de la Gestapo
Lorsque Pierre Laval se rend en Prusse orientale le 19 décembre 1942 pour rencontrer Adolf Hitler, ce dernier lui reproche l’insécurité croissante à laquelle sont confrontées les forces d’occupation et les représentants des différentes administrations allemandes, en France. Hitler exige alors la création d’une police supplétive qui doit collaborer avec les Allemands pour maintenir l’ordre et s’affranchir si besoin de l’intervention de la justice française qu’il juge inadaptée aux exigences du moment et qui appliquait une législation hors du temps.
Pierre Laval, en accord avec Philippe Pétain, décide donc de créer, par la loi du 30 janvier 1943, la Milice qui absorbe l’ancien Service d’ordre légionnaire. Il en devient le chef nominal, avec Joseph Darnand comme secrétaire général qui en sera cependant le véritable chef opérationnel.