1789-1792
Chronologie et périodisation
Elle est traditionnellement placée entre l’ouverture des états généraux, le 5 mai 1789, et le coup d’État du 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte, le 9 novembre 1799, qui inaugure la période du Consulat et aboutit, cinq ans plus tard, à l’avènement de l’Empire. Cependant, elle a été partiellement perpétuée par Napoléon lors de l’expansion du Premier Empire français.
Si la plupart des manuels d’histoire et nombres d’historiens découpent la Révolution en quatre périodes — Constituante, Législative, Convention, Directoire — Jules Michelet et l’historiographie marxiste en placent la fin à la chute de Robespierre. Cette périodisation a souvent dépendu des convictions ou arrière-pensées politiques des intéressés en faveur soit de la République « parlementaire », soit de la « souveraineté populaire ». L’historiographie distingue classiquement deux temps, deux révolutions successives, qui ont transformé d’abord le royaume de France en une monarchie constitutionnelle, puis en Première République, mettant fin à une société d’ordres et aux anciens privilèges.
La France dans les années 1780
La société française
La société sous l’Ancien Régime repose sur l’existence de trois ordres hiérarchisés (le clergé, la noblesse, et le tiers état qui représente à lui seul 97 % de la population) et d’une mosaïque de droits dont disposent les corps constitués (parlements, communautés, villes, universités, métiers), ou qui peuvent différer d’une province à l’autre et sont des héritages de la société médiévale et des agrandissements successifs du royaume. Le poids des impôts repose exclusivement sur le tiers état, qui doit notamment verser des impôts auprès des deux autres ordres.
Au XVIIIe siècle, l’essor de nouvelles catégories sociales dans les villes et dans les gros bourgs est indéniable. Parmi les nouvelles couches, on distingue d’une part une bourgeoisie marchande ou financière, qui profite de l’enrichissement global et, pour une partie d’entre elles, des grandes spéculations boursières sous Louis XVI, des laboureurs, des paysans riches qui peuvent offrir à leurs enfants une éducation, et d’autre part une bourgeoisie de fonctionnaires et d’hommes de loi qui aspire à jouer un rôle politique.
Cependant, face à cette concurrence, la noblesse réimprime le principe de la supériorité de la naissance sur la fortune et l’instruction : c’est la réaction seigneuriale et nobiliaire.
Inspirés par les physiocrates, les seigneurs cherchent par ailleurs à optimiser les revenus tirés de l’exploitation de leurs terres et remettent en vigueur des privilèges comme l’exploitation exclusive des communaux, avec pour effet d’en priver et d’appauvrir les paysans non propriétaires.
À la fin des années 1780, les mauvaises récoltes jettent à la rue les membres les plus fragiles des communautés. L’historien Jean Nicolas recense pendant tout le XVIIIe siècle, qu’il appelle le « siècle d’intranquillité », pas moins de 8 528 révoltes de communautés paysannes qui se politisent de plus en plus. Les conditions climatiques sont éprouvantes en 1788 avec une sécheresse au printemps, de violents orages le 13 juillet, provoquant de mauvaises récoltes et la hausse du prix des céréales et du pain. La rudesse de l’hiver qui suit fait lui grimper le prix du bois de chauffage. Ces phénomènes attisent l’agitation populaire, le politique étant considéré comme responsable du manque de grains. Des révoltes de subsistances en 1788 attestent, elles aussi, d’une crise frumentaire à l’origine partielle de la Révolution. Ces crises frumentaires sont dues à la libéralisation du commerce des grains sous l’Ancien Régime qui a débuté en 1763.
Par ailleurs, alors que les banques parisiennes connaissent un très important développement, et que l’arrivée de Jacques Necker à la direction des finances est faite notamment sous leur influence, une crise budgétaire de l’État due à la dette énorme du gouvernement (4 500 000 000 livres en 1788), en partie due à la participation de la France à la guerre d’indépendance des États-Unis (qui aurait coûté plus d’un milliard de livres selon l’historien français Jean-Clément Martin), et une inflation élevée causée par une quantité sans précédent de monnaie en circulation, l’oblige à envisager une nouvelle levée d’impôts et pour ce faire, à convoquer les états généraux : ce sera dans ce contexte de tensions, l’évènement déclencheur de la Révolution française.