799-1014
Les raids vikings sur le territoire de la France actuelle sont surtout connus par des chroniques rédigées par des clercs qui en ont souvent exagéré l’ampleur et l’importance. Ils n’ont laissé quasiment aucune trace matérielle, hormis quelques armes et objets principalement dragués dans la partie normande de la Seine.
Vikings
Les Hommes du nord, qualifiés indifféremment au Moyen Âge de Normands (Nortmanni) ou de Danois (Dani)1 sont plus connus aujourd’hui sous le nom de Vikings. Ils profitent des luttes intestines entre les trois souverains carolingiens (Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique). Venus de Norvège, du Danemark ou plus rarement de Suède, ils multiplient les raids de pillage et de destruction dès le début du IXe siècle.
Premières incursions
Début du IXe siècle, des incursions côtières
Les premiers raids vikings visent la proximité du rivage, pillant les endroits peu défendus, repartant rapidement. L’Ouest de la France connaît alors une insécurité rappelant l’époque des Grandes Invasions. Les Vikings pillent les côtes de la Manche et de l’Atlantique puis, en remontant les fleuves (notamment la Seine, la Loire et la Garonne), attaquent les villes et les monastères situés plus à l’intérieur du pays.
Le premier coup de main recensé sur le territoire de l’actuelle France est celui qui touche les côtes d’Aquitaine en 799. C’est en 820 qu’est attestée la première incursion viking en Neustrie. Les Annales Royales indiquent qu’une flotte de 13 navires venus de « Nordmannia », c’est-à-dire la Scandinavie, cherche d’abord à piller les côtes de Flandre, mais y est repoussée. Une autre opération, toujours selon les Annales, a lieu dans l’embouchure de la Seine et les Vikings perdent cinq hommes, puis se retirent sans avoir rien obtenu. Les Annales attribuent aussi à cette même flotte l’attaque de l’île de Bouin, mais peut-être s’agit-il de Vikings norvégiens venus de mer d’Irlande.
Milieu du IXe siècle, les Vikings remontent le cours des fleuves
Vers 830, des groupes plus nombreux pénètrent plus profondément et plus loin dans le pays, dévastent et pillent principalement des églises et des monastères. Ils capturent les riches (personnes importantes, de haut rang) et les rendent contre une rançon ou s’emparent des plus pauvres qu’ils emmènent comme esclaves. En 841, ils entrent pour la première fois dans la Seine, brûlent Rouen ainsi que les abbayes de Jumièges et de Fontenelle, puis regagnent leurs vaisseaux.
Le 24 juin 843, les Vikings remontent la Loire jusque Nantes qui est alors l’un des principaux ports de commerce de l’Empire carolingien. Ils pillent la ville, lors des célébrations de la Saint-Jean et massacrent de nombreux habitants, clercs et laïcs, et l’évêque lui-même dans son église. Ils s’installent ensuite à l’embouchure de la Loire, dans les îles de Bouin et de Noirmoutier d’où ils ravagent le duché d’Aquitaine durant dix ans.
En 845, une troupe venant directement du Danemark, entre dans la Seine avec cent vingt vaisseaux, arrive à Paris le 28 mars, veille de Pâques et y entre sans résistance car les habitants se sont enfuis. Tous les monastères aux environs sont également abandonnés. Celui de Saint-Germain est brûlé. Charles le Chauve, ne pouvant les repousser par la force leur donne 7 000 livres d’argent pour prix de leur départ. D’autres raids vikings ont lieu en Poitou et dans la vallée de la Charente.
Siège de Paris (845).
En 850, Charles le Chauve cède quelques terres près de la Seine à Horik II pour arrêter les ravages. Mais ces Normands ne sont pas assez forts pour résister aux autres invasions, ni assez près de la civilisation pour s’attacher facilement à une vie paisible. Dès que l’occasion se présente, ils se joignent aux pilleurs qui ne cessent d’affluer sur les rivages, ou se constituent d’eux-mêmes agresseurs, quand les pays ravagés qu’on leur a donné pour demeure ne suffisent plus à leur cupidité.
En 851, Hasting, chef viking décrit par Guillaume de Jumièges comme l’« éducateur » de Björn Côtes-de-Fer, le fils de Ragnar Lodbrok, marche à la tête de ses troupes sur Rouen et Beauvais. Battus à Vardes, les Vikings se répandent dans les campagnes, et incendient l’abbaye Saint-Germer-de-Fly, dévastent le diocèse de Thérouanne, les villes de Saint-Quentin, Noyon et leurs environs, l’abbaye Saint-Médard de Soissons, l’abbaye Sainte-Geneviève de Paris, et tous les édifices autour de Paris.
En 852, une flotte dirigée par Godfrid Haraldsson (en) remonte la Seine. Elle est rejointe par les 250 navires de Sydroc, qui vient de remporter d’importants succès sur la côte frisonne. Les Scandinaves sont retranchés dans une petite île de la Seine, « Givaldi-Fossa » (sans doute Jeufosse, non loin de Vernon). Lothaire Ier et Charles le Chauve unissent leurs forces, en vain. Charles doit payer de nouveau un tribut (danegeld) pour obtenir le départ des Vikings. Sydroc ne quitte les rives de la Seine que pour rejoindre la Loire et y exercer de nouveaux ravages. Nantes, l’abbaye de Saint-Florent-le-Vieil, Angers, Tours, l’abbaye Saint-Martin, Luçon, et Blois sont pillés et brûlés.