1159-1259
La « première guerre de Cent Ans » est une série de conflits survenus au Moyen Âge central, au cours desquels la dynastie des Capétiens, souveraine du royaume de France, s’est opposée à la Maison Plantagenêt, à la tête du royaume d’Angleterre. Couvrant une période de 100 ans (1159 à 1259), ce conflit débute par une opposition entre Louis VII, roi des Francs, et Henri II, comte d’Anjou et du Maine, duc de Normandie et d’Aquitaine et roi d’Angleterre.
Les premières tensions remontent au milieu du XIIe siècle. Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine depuis 1129, acquiert la Normandie en 1144. Son fils Henri hérite à sa mort en 1151 de ses possessions et étend son domaine à l’Aquitaine par son mariage avec la duchesse Aliénor en 1152. Il obtient enfin l’Angleterre en 1154, consolidant dès lors son « empire Plantagenêt ». En 1159, Henri II entreprend d’étendre son territoire dans le Sud-Ouest de la France en annexant le comté de Toulouse qui comprend, entre autres, le Quercy. L’intervention de Louis VII en faveur du comte de Toulouse démarre le conflit.
La querelle permanente entre les deux dynasties et les nombreuses guerres qu’elle a entraînées correspond aussi à la lente conquête par les Capétiens de leur royaume. En effet, le pouvoir réel du roi de France est encore peu étendu, alors même que la suzeraineté de cette dynastie s’étend bien au-delà du domaine royal d’Île-de-France. En outre, au XIIe siècle, le territoire du royaume de France est délimité par quatre fleuves (le Rhône, la Saône, la Meuse et l’Escaut). À l’issue du traité de Paris naissent de nouvelles tentatives des Plantagenêt de reprendre ce qu’ils considèrent être leurs droits légitimes dans l’ouest de la France. La guerre de Cent Ans, qui s’est déroulée de 1337 à 1453, puise ses origines dans ses désaccords.
Nature dynastique du conflit
Plutôt qu’un conflit national entre la France et l’Angleterre, il s’agit d’un conflit féodal entre deux dynasties françaises. Les Plantagenêts sont issus de la maison de Gâtinais-Anjou, dont les membres constituèrent le territoire qu’obtint Henri II à la mort de son père en 1151. Durant le conflit, les nobles qui composent l’armée anglaise sont essentiellement d’origine française. Les troupes d’infanterie (fantassins) anglaises sont essentiellement recrutées localement en France (Anjou, Guyenne, Normandie, Bretagne, etc.). Les possessions continentales des souverains Plantagenêt sont alors plus importantes que leurs possessions insulaires, et bien plus étendues au début du conflit que les possessions directes du roi de France, même si celui-ci est le suzerain du roi d’Angleterre pour la plus grande partie des possessions qu’il détient sur le continent. La langue parlée par les deux belligérants est le français de l’époque. On trouve encore de nos jours sur les blasons et armoiries de la monarchie anglaise les expressions Honi soit qui mal y pense et Dieu et mon droit ; de nos jours également, l’assentiment royal qui au Royaume-Uni est un préalable nécessaire à la promulgation des lois, se donne en langue d’oïl10. Enfin, les rois d’Angleterre prendront le plus souvent des conjointes en France, du XIe au XVe siècle, ce qui perpétuera la présence de souverains d’ascendance « française » en Grande-Bretagne. A contrario, certains rois de France iront chercher leurs épouses jusqu’en Europe orientale (Anne de Kiev) ou nordique (Ingeburge de Danemark).