1494-1559
Les guerres d’Italie sont une suite de onze conflits menés par les souverains français en Italie à partir de la fin du XVe siècle et au cours du XVIe siècle pour faire valoir ce qu’ils estimaient être leurs droits héréditaires sur le royaume de Naples, puis sur le duché de Milan. Par un jeu complexe d’alliances et de contre-alliances reposant en partie sur des liens de parenté et au prix d’efforts financiers considérables et de nombreuses campagnes militaires, les grandes puissances européennes s’affrontèrent sur le champ de bataille italien marqué par des batailles de rencontre et des batailles rangées célèbres, mais aussi sur d’autres territoires.
Ces conflits voient s’opérer une mutation importante dans l’art de faire la guerre, que l’historiographie a longtemps qualifié de révolution militaire (en) de l’époque moderne. Sur le plan culturel, ces guerres contribuent à la diffusion du modèle italien de la Renaissance dans l’ensemble de l’Europe.
Origines
Le royaume de Naples est revendiqué par la maison d’Anjou, maison cadette des Capétiens depuis que Jeanne Ière de Naples a adopté Louis Ier d’Anjou en 1380, lui faisant hériter de sa couronne à sa mort en 1382, et que Jeanne II de Naples a réitéré ces droits en faisant hériter René Ier d’Anjou, petit-fils de Louis Ier d’Anjou, en 1435. Ni l’un ni l’autre n’ont jamais pu prendre le contrôle effectif de Naples car la première fois une branche cousine de Jeanne Ière a récupéré Naples et la seconde fois, en 1442, l’Aragon avec le roi Alphonse V en prend le contrôle. La maison d’Anjou essaie alors sans relâche d’en reprendre possession. René d’Anjou meurt en 1480. Ses droits sur le royaume de Naples passèrent à son neveu Charles V du Maine, puis, à sa mort, au royaume de France, où règne Louis XI dont il fait de lui son héritier, puis, à partir de 1483, Charles VIII.
Charles VIII doit faire d’importantes recherches dans les archives pour prouver le bien-fondé de ses prétentions, d’autant plus que la maison d’Anjou a perdu ses possessions napolitaines en 1442. Ce legs comprend aussi le royaume de Jérusalem, qui est occupé par les Mamelouks jusqu’en 1517. Trois traités assurent à la France la neutralité des partis concurrents : neutralité de l’Angleterre par le traité d’Étaples en 1492, puis celle de l’Espagne par le traité de Barcelone en 1493 (Ferdinand II d’Aragon récupère le Roussillon et la Cerdagne), enfin celle de l’empereur Maximilien par le traité de Senlis en 1493. Par ces derniers accords, Charles VIII renonce à la Franche-Comté, dot de sa promise Marguerite d’Autriche (fille de Maximilien) avec laquelle il rompt dès lors ses fiançailles.
En 1486, certains barons du royaume de Naples, restés fidèles aux Angevins, se révoltent. Vaincus, ils se réfugient en France. Les monarques français essayent alors de faire valoir leurs droits pendant près de 60 ans.
Charles VIII est en outre incité à se rendre en Italie par Ludovic le More, tuteur du duc de Milan Jean Galéas Sforza. Ludovic le More est inquiet de la rupture possible de l’équilibre en Italie : l’alliance formée dès 1467 par Florence, Milan et Naples, pour lutter contre la puissance vénitienne, bat de l’aile et Pierre l’Infortuné, le successeur de Laurent le Magnifique, se rapproche du royaume de Naples.
Le casus belli du conflit était la rivalité qui a surgi entre la duchesse de Bari, Béatrice d’Este, épouse de Ludovico, et la duchesse de Milan, Isabelle d’Aragon, épouse de Jean Galéas Sforza, qui aspiraient tous deux au contrôle du duché de Milan et au titre héréditaire pour leurs enfants. Quand, en janvier 1493, Béatrice donna naissance à Hercule Maximilien, elle voulut qu’il soit nommé comte de Pavie – titre appartenant exclusivement à l’héritier du trône – à la place du fils d’Isabelle. Cette dernière, se sentant menacée, demanda l’intervention de son père Alphonse d’Aragon qui, montant sur le trône de Naples après la mort de son père Ferrante, n’hésita pas à venir à la rescousse de sa fille. De là vint la réaction de Ludovico qui, en réponse aux menaces d’Alphonse, qui avait occupé la ville de Bari, donna carte blanche au monarque Français pour intervenir en Italie.
En outre, le projet de Charles VIII est discrètement soutenu en Italie par une faction, à la tête de laquelle se trouve « le cardinal Giuliano della Rovere le futur Jules II, [qui] comptait sur l’appui des Français pour faire déposer le pape régnant Alexandre VI Borgia ».