751-987
Les Carolingiens (ou Carlovingiens jusqu’à la fin du XIXe siècle1) forment une dynastie de rois francs qui règnent sur l’Europe occidentale du VIIIe siècle au Xe siècle.
Le terme carolingien, en latin médiéval karolingi, est dérivé de Carolus, qui est à la fois le nom latin de Charles Martel (Carolus Martellus), l’aïeul de cette dynastie, et celui de son petit-fils Charlemagne (Carolus Magnus), considéré comme le plus illustre des rois de cette lignée.
Les Carolingiens sont désignés par la chancellerie de France et certains historiens comme la « deuxième race » des rois de France, succédant à la dynastie des Mérovingiens.
Origines de la famille carolingienne
L’origine de la lignée carolingienne est communément fixée au mariage, vers 630, d’Ansegisel, fils d’Arnoul de Metz, et de Begge d’Andenne, fille de Pépin de Landen, qui scelle l’alliance entre la famille des Arnulfiens et celle des Pippinides. Ceux-ci ont un fils, Pépin de Herstal, lui-même père de Charles Martel, ce dernier étant le père de Pépin le Bref, lequel deviendra le premier roi de la dynastie carolingienne le 28 juillet 754. Plusieurs historiens ont formulé l’hypothèse du rattachement d’Arnoul de Metz aux rois francs de Cologne, via Bodogisel, Mummolin et Mundéric.
Origine des Arnulfiens.
Les Pippinides détiennent pendant plusieurs générations la charge de maire du palais sous le règne des souverains mérovingiens d’Austrasie. Au fur et à mesure de la désagrégation du pouvoir de la dynastie mérovingienne, durant la période dite des « rois fainéants », les maires du palais pippinides accroissent leurs prérogatives : déjà Pépin de Herstal, puis Charles Martel dirigeaient de façon quasi autonome la politique du royaume, tels des souverains, mais sans le titre ; ainsi, ils nommaient les ducs et les comtes, négociaient les accords avec les pays voisins, dirigeaient l’armée, étendaient le territoire du royaume (notamment en Frise) et allaient même jusqu’à choisir le roi mérovingien.
La zone d’influence des Pippinides sera le territoire favori des Carolingiens : région de Liège (Herstal et Jupille), Aix-la-Chapelle et Cologne.
Règne de Pépin le Bref, premier roi carolingien
Durant son gouvernement en tant que maire du palais auprès des rois mérovingiens, Charles Martel étend le pouvoir du royaume franc à la Bourgogne, renforce le contrôle en Aquitaine qu’il délivre de la menace d’une domination arabo-musulmane et renforce les frontières en Frise et en Neustrie. En 737, le roi mérovingien Thierry IV meurt et personne ne se soucie de le remplacer : Charles Martel est aux yeux de tous le « prince » des Francs. Il se qualifie de dux et princeps Francorum (duc et prince des Francs), titre qui le rend légitime en tant que premier homme du royaume franc. Mais tout ceci se fait au prix de nombreuses spoliations aux églises d’Austrasie auprès desquelles il se rend fort impopulaire. Il meurt en 741 et laisse deux fils : Carloman et Pépin
Denier de Lyon sous Pépin le Bref.
En 743, Carloman convoque un concile à Leptinnes (ou Les Estinnes, un domaine royal pippinides). Ce concile vise à établir un accord entre les églises d’Austrasie dont les biens ont été précédemment spoliés par Charles Martel au bénéfice des comtes et ces derniers qui souhaitent pourtant en garder une partie des revenus. Dans la continuité de son frère, Pépin convoque, en mars 744, un concile à Soissons en Neustrie. Les deux conciles débouchent sur l’instauration du bénéfice et du précaire. Ils dénoncent également les pratiques superstitieuses propres à maintenir le paganisme, les rituels idolâtres, l’usage des amulettes et le sacrifice des animaux.
En 747, Carloman décide de se retirer au monastère du Mont-Cassin loin du jeu politique et cède sa place à son frère. Quatre ans plus tard, Pépin pense au trône royal et, dans cette optique, cherche à obtenir l’appui de l’Église et de l’aristocratie. En 751, celui-ci pose une question au pape Zacharie : « Est-il bon ou mauvais que des rois fussent dans le royaume des Francs sans y exercer le pouvoir ? ». Ce dernier lui répond : « Mieux vaut appeler roi celui qui exerce effectivement le pouvoir, afin que l’ordre ne soit pas troublé ». Par cette réponse habile, le pape Zacharie offre implicitement son soutien à Pépin tout en ménageant les relations difficiles qu’il entretient avec les souverains de l’Empire romain d’Orient.
Quelques semaines plus tard, en novembre 751, Pépin dépose Childéric III — établi en 743 — puis se fait élire roi des Francs. En se faisant acclamer par une assemblée d’évêques, de nobles et de leudes (grands du royaume), Pépin devient donc le premier représentant de la dynastie carolingienne. Childéric III est tonsuré et meurt enfermé à l’abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer.
À Saint-Denis, l’évêque Boniface, conseiller diplomatique de Pépin, sacre le nouveau roi par onction au nom de l’Église catholique. Le 28 juillet 754, toujours à Saint-Denis, la cérémonie est renouvelée, mais cette fois-ci par le pape Étienne II et les bénéficiaires en sont également les fils de Pépin : Carloman Ier et Charlemagne. Le sacre par onction est la nouveauté apportée par les Carolingiens, repris de l’Ancien Testament où Saül est oint du Saint chrême par Samuel puis à sa suite David. Sacre déjà repris par les Wisigoths en Espagne un siècle plus tôt. Le roi est alors « un nouveau David », à la fois roi et prophète, ce qui mènera à la théocratie royale puis impériale de Charlemagne, le gouvernement des hommes par le père terrestre à l’image du Père Céleste, le pouvoir spirituel et temporel en un seul homme à la fois évêque de l’intérieur et de l’extérieur.