1792-1804
La Première République, officiellement nommée République française, est le nom conventionnellement donné par les historiens à la période correspondant à l’ensemble des régimes républicains de la France de septembre 1792 à mai 1804. Amenée par la Révolution française, la Première République succède à la monarchie constitutionnelle qui disparaît le 10 août 1792 avec la prise du palais des Tuileries par les sans-culottes, annonçant une nouvelle guerre d’exercice du pouvoir en Europe. Elle exerce sa souveraineté sur les territoires actuels de la France et sur toutes les provinces du Saint-Empire situées sur la rive gauche du Rhin et formant les territoires actuels de la Belgique, du Luxembourg et d’une partie de l’actuelle Allemagne.
Le 21 septembre 1792, les députés de la Convention , réunis pour la première fois, décident à l’unanimité l’abolition de la monarchie constitutionnelle en France.
Bien que la République n’ait jamais été officiellement proclamée, le 22 septembre 1792, la décision est prise de dater les actes de l’an I de la République. Le 25 septembre 1792, la République est déclarée « une et indivisible ». De 1792 à 1802, la France est en guerre avec le reste de l’Europe. Elle connaît également des conflits intérieurs, avec les guerres de Vendée.
La République française, avant l’Empire, passa par trois formes de gouvernement ou régimes politiques différents :
La Convention nationale, entre le 21 septembre 1792 et le 26 octobre 1795, inclut la période dite de la Terreur (1793 – 1794), durant laquelle l’essentiel du pouvoir réside dans le Comité de salut public dominé par les Montagnards (6 avril 1793 – 27 juillet 1794). À partir du 5 octobre 1793, le calendrier républicain est officiellement utilisé. Le 6 messidor an I (24 juin 1793) est proclamée la Constitution de l’an I, qui se substitue à la Constitution de 1791 : elle ne fut jamais appliquée. La chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (26 juillet 1794), amène à la fin de la Terreur ;
le Directoire, fondé par la Constitution de l’an III. Il s’étend entre le 26 octobre 1795 et le 9 novembre 1799 ;
le Consulat, entre le 10 novembre 1799 et le 18 mai 1804, est issu du coup d’État du 18 brumaire et défini par la Constitution de l’an VIII. Le Consulat prend fin avec l’instauration du Premier Empire. Dans la Constitution de l’an XII, il est précisé que le gouvernement de la République est confié à un empereur héréditaire. Pas plus que son instauration, l’abolition de la République n’est jamais officiellement proclamée3. L’usage du nom, qui avait alors son sens latin d’État ou d’organisation de l’État, dans le sens que Jean Bodin donnait à ce mot appliqué à la royauté, tombe ensuite en désuétude pour disparaître complètement en 1808. Lorsqu’il sera repris, il signifiera uniquement un système démocratique électif.
La fin de la monarchie constitutionnelle 1792
Révolution française, Monarchie constitutionnelle française (1791-1792) et Massacres de Septembre.
L’empereur Léopold II, frère de la reine Marie-Antoinette, est principalement occupé par son conflit avec l’Empire ottoman et par le partage de la Pologne, et ne se préoccupe pas des troubles intérieurs de la France. Jusqu’au 20 avril 1792, où tous les députés de l’Assemblée nationale législative, qui détient alors le pouvoir, votent « avec joie » unilatéralement la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », c’est-à-dire à l’empereur. Cette déclaration de guerre a comme cause, selon les acteurs, des problèmes de politique intérieure ou la volonté de déstabiliser les voisins hostiles à la révolution.
La déclaration de guerre à peine votée, la France, espérant une victoire rapide, envahit la Belgique, alors territoire du Saint-Empire. Dans le but de s’emparer de Mons, elle livre sans succès le combat de Quiévrain les 29 et 30 avril 1792 et celui de Marquain le 29 avril 1792. attaque, toujours sans succès, Tournai et doit faire face à une contre-offensive.
En juillet 1792, le duc de Brunswick, général des armées austro-prussiennes, fait publier le manifeste de Brunswick, dans lequel il fait peser la menace d’une destruction de Paris en cas d’atteinte à Louis XVI ou à la reine. Cette déclaration, rédigée dans les milieux émigrés, provoque l’effet inverse : elle ne fait qu’exacerber les troubles politiques issus de la Révolution et augmente le ressentiment des différentes factions politiques vis-à-vis de l’Europe anti-révolutionnaire.
Durant les violences du 10 août 1792, une foule de Parisiens, qui n’ont pas oublié les tueries des hommes de La Fayette (massacre de Nancy, fusillade du Champ de Mars en juillet 1791) prend d’assaut le palais des Tuileries et massacre près de 600 gardes suisses, puis appelle à la chute de la monarchie. La famille royale se réfugie dans la salle du Manège, qui abrite alors l’Assemblée législative. La peur d’un nouveau mouvement anti-révolutionnaire fait éclater de nouvelles violences. Pendant la première semaine de septembre 1792, des foules de Parisiens s’introduisirent dans les prisons de la ville pour tuer plus de la moitié des prisonniers, dont des nobles, des membres du clergé, des prisonniers politiques, mais aussi des criminels de droit commun, comme des prostituées, des voleurs, des meurtriers, etc. Ces épisodes sont connus sous le nom de « massacres de septembre ».
La Convention nationale
Convention nationale, Constitution de l’an I, Procès de Louis XVI et Terreur (Révolution française).
En raison de cette flambée de violence et de l’instabilité politique de la monarchie constitutionnelle, six membres de l’Assemblée législative sont chargés de la surveillance de futures élections. La Convention qui en résulte est fondée sur la double idée d’abolir la monarchie et de rédiger une nouvelle constitution. La première action de la Convention sera de proclamer la République et de retirer ses pouvoirs politiques au roi. Ce dernier devient alors un citoyen ordinaire, auquel est donné le nom de « Louis Capet »; nom sous lequel il sera jugé dès décembre 1792, pour crime de haute trahison, reconnu coupable le 16 janvier et guillotiné le 21 janvier 1793.
Durant l’hiver 1792 et le printemps 1793, Paris est durement touchée par la famine. La nouvelle Convention fait peu pour y remédier jusqu’à la fin du printemps 1793, et se préoccupe plutôt de la guerre toujours en cours. Finalement, le 6 avril 1793, la Convention crée le Comité de salut public, auquel on confie une tâche monumentale : « Remédier au mouvement radical constitué par les Enragés, aux pénuries alimentaires et aux émeutes, aux révoltes de Vendée et de Bretagne, aux récentes défaites des armées révolutionnaires, et à la désertion de son commandement général. »
Le Comité de salut public institue en fait une politique de terreur, la guillotine étant réservée à toute personne perçue comme ennemie de la République.
Malgré un mécontentement grandissant à l’égard de la Convention nationale en tant qu’organe dirigeant du pays, celle-ci rédige la Constitution de l’an I (1793), elle-même ratifiée par un vote populaire au début du mois d’août. Ce texte, qui proclame le suffrage universel à une époque où il commençait à poindre aux États-Unis, constitue un recul pour la bourgeoisie, qui avait jusqu’alors réussi à maintenir le suffrage censitaire. Il oblige également les pouvoirs publics à secourir les nécessiteux. L’importance accordée au Comité de salut public et ses pouvoirs vont grandissant. Les droits garantis par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et par la nouvelle Constitution sont alors suspendus. Le Comité procède à des milliers d’exécutions contre les ennemis réels et supposés de la jeune République, au point que l’on surnomme la guillotine le « rasoir national », entre autres. La politique et les lois du Comité conduisent la Révolution à un niveau alors jamais atteint. Le calendrier révolutionnaire est introduit, des églises dans et autour de Paris sont fermées pour continuer la déchristianisation de la République, Marie-Antoinette est jugée et exécutée, la loi des suspects est instaurée, etc. Des membres de plusieurs factions et groupes révolutionnaires sont exécutés, notamment des Hébertistes et des Dantonistes.