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Chronologie

La popularité de Marcel Bigeard, ancien résistant, sur la brèche durant les guerres d’Indochine et d’Algérie, s’explique sans aucun doute par le grand courage physique de l’homme, toujours aux côtés de ses paras dans les missions dangereuses, un style fait de coups de gueule, un respect relatif – et plutôt sympathique – pour les hiérarchies militaire et politique et… un sens aigu de la communication.
Sa vie fut bien remplie
Appelé en mars 1939, combattant de la drôle de guerre, prisonnier, évadé, résistant, parachutiste dans les services secrets français, il fait une Seconde Guerre mondiale honorable.
Puis, c’est l’Indochine. Arrivé avec Leclerc avant même la généralisation de la guerre, il s’y taille rapidement la réputation d’un officier de terrain qui n’hésite pas à solliciter les missions les plus périlleuses. Sa légende naît en octobre 1952 à Tu Le, dans la haute région du Tonkin, où son bataillon, entouré par un Viet Minh bien plus nombreux, brise l’encerclement et rejoint les lignes françaises après une marche forcée épuisante d’une semaine. Toute la presse de métropole titre alors sur cette épopée. Enfin, c’est Dien Bien Phu. Bigeard est dans la première vague des éléments parachutés, dès le 20 novembre 1953. Il y est fait finalement prisonnier.
À peine revenu de captivité, il repart en Algérie, où il arrive le 1er novembre 1955, pour le premier anniversaire de l’insurrection. Il y connaîtra le djebel, la lutte en ville (la bataille d’Alger), d’autres combats dans le djebel, la direction d’une école de formation à la guerre psychologique, avant de quitter définitivement l’Algérie, en février 1960, pour avoir de nouveau critiqué publiquement la hiérarchie.
Parcours hors-normes, donc. Entre mars 1939 et février 1960, il n’aura pratiquement jamais connu le repos, la paix.

Par Alain Ruscio
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre I.

Bigeard, « metteur en scène de sa propre gloire »

Sa bibliographie est longue.

Marcel Bigeard fut un auteur prolixe. Sa bibliographie est longue. Si l’on s’en tient à ses seuls ouvrages autobiographiques, on peut recenser sept ouvrages, dont la plupart ont connu des rééditions2. Il y parle souvent de lui à la troisième personne du singulier (Bigeard a fait… Bigeard a dit… Bigeard pense que…). Un psychanalyste y verrait sans doute un nombrilisme quelque peu surdimensionné.
L’autobiographie est un genre certes particulier, où il est de bonne guerre de s’attribuer le beau rôle. Avec Bigeard, l’exercice a tourné au chef-d’œuvre.
Il ne nous épargne aucune de ses citations militaires (effectivement louangeuses), aucune des appréciations portées sur lui par des collègues, des subordonnés, des journalistes (Jules Roy, Joseph Kessel, Jean Lartéguy, Eugène Mannoni, Brigitte Friang, Henri Amouroux)… Dans chacun de ses ouvrages, il fait insérer un dossier photos, dans lequel il est omniprésent. Dans le dernier, Ma vie pour la France, nous avons compté 44 effigies pour 24 pages…
Partout, il se présente comme un sauveur, un maître du destin. On a l’impression, à le suivre dans ses différentes affectations, que ce soit en Indochine ou en Algérie, de la permanente reproduction d’un schéma : avant son arrivée, il n’y avait que désordre et inefficacité… durant sa présence, les troupes avaient été « merveilleuses », « époustouflantes », « extraordinaires », réduisant en poussière l’ennemi… puis, après son départ, « ses gars » n’acceptaient pas le successeur, mettaient les drapeaux en berne, c’était le retour, au mieux à la routine, au pis aux défaites.
Un exemple : la bataille d’Alger, la mal nommée. Bigeard y a été présent sur le terrain de janvier à mars, puis de juin à septembre. Or, que lit-on dans ses mémoires ? Qu’il avait quasiment gagné dès mars, mais que, lui parti, tout s’était délité. On imagine que Massu a dû apprécier. Donc, l’indispensable Bigeard fut rappelé en catastrophe en juin. Et que trouva-t-il ? « La situation […] nette laissée en mars » était devenue un « foutoir » : « Nous voilà quelques mois plus tard où tout est à refaire. En notre absence, les événements les événements ont été laissés à l’improvisation » Furieux, il écrit qu’Alger n’est « pas commandé », une ville « où l’on compose, où l’on s’arrange au mieux, où chacun conduit ses petites enquêtes, où l’on collabore suivant ses sympathies, ses affinités personnelles… » Heureusement pour la France, Bigeard revient : « Pour cadrer ce foutoir, je donne mes ordres. […] À nouveau, nous allons remonter les filières pour identifier les membres des cellules FLN et casser ces cellules pour démonter la résistance adverse. Il faut agir fermement et vite pour arrêter le massacre ». Le résultat ne se fait pas attendre : « Les bureaux FLN tombent les uns après les autres grâce au travail de renseignement que je remets en place »6. Beaucoup de « Je… mes… je… », un zeste de « nous… », encore et toujours.
Ce qui n’était guère confraternel. On comprend que, même chez les militaires, il n’eut pas que des amis. Dans son essai, déjà ancien, sur l’esprit para, Gilles Perrault signale que, lorsque « les Bigeard’s boys » se faisaient étriller dans tel ou tel accrochage, bien des militaires des autres régiments en éprouvaient « une vive satisfaction »7. Rançon de l’autoglorification.
Qu’importent ces légers dégâts collatéraux, le résultat est là. Marcel Bigeard, l’air de rien, est passé maître dans l’art de se peindre comme un être d’exception, le « premier para du monde », comme l’avaient titré France-Soir et Jours de France en 1956, formule reprise sans modestie excessive dans ses ouvrages.
14Bigeard a sculpté sa propre statue. Avant lui, seul peut-être César, avec sa Guerre des Gaules, avait à ce point œuvré pour sa propre gloire. Bigeard n’aurait peut-être pas refusé le parallèle.
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre II.

Le pays Thaï

une page d’histoire au Tonkin, en 1946:

« La Haute Région tonkinoise et le pays Thaï vont me prendre par les tripes pour ne plus me lâcher […]. En avant pour les arrières viets. Pendant quatre mois, chaque semaine, une sortie de deux à trois jours au minimum, 80 km parcourus sur des pistes taillées au coupe-coupe dans les montagnes qui enserrent la route coloniale. Suis un vrai fauve, increvable.
Mes pieds comme des griffes s’accrochent dans les pistes boueuses. Pas question de chaussures. Torse nu, carabine en bandoulière, grenades à la ceinture, serviette sur la tête, je suis un super Viet. Pareil pour mes hommes. Nos coups minutieusement préparés sont toujours payants. Constamment sur le terrain, on sympathise avec la population. Pour eux, nous ne sommes pas des conquérants, mais des libérateurs ».
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre III.

Dien Bien Phu.

En Indochine depuis 1945

On sait qu’il y fut volontaire. En mission quasi ininterrompue en Indochine depuis 1945, il aurait pu, et nul ne le lui aurait reproché, se faire oublier (comme d’autres…). Il ne le fit pas, l’homme n’a jamais manqué de courage physique. Mais, dans ses ouvrages de souvenirs, il se donne tout de même un rôle un peu disproportionné :
On remarque que Bigeard n’évoque même pas le gé (...) « Les Viets arrosent notre parachutage de nombreux tirs d’artillerie. Du 16 mars au 7 mai 1954, nous tiendrons cinquante jours. De nombreux écrits sur ces combats. Bigeard redonne confiance, Bigeard attaque, Bigeard s’accroche… je ne m’éternise pas. Il y a eu tellement de livres sur cette bataille et sur moi. Alors que dans la citadelle, il y a des colonels, des lieutenants-colonels, des commandants plus anciens que moi, c’est le nom de Bigeard qui restera accroché à Dien Bien Phu ». Comptons : quatre Bigeard, un je et deux moi en six lignes… Cet accaparement du vedettariat dienbienphusien a, là encore, probablement irrité plus d’un de ses anciens camarades des tranchées de 1954… Quant à la dernière phrase, elle peut prêter à rire : si un nom doit absolument être associé à Dien Bien Phu, ne serait-ce pas plutôt celui de Vo Nguyen Giap ?

A-t-il, au moins, tiré quelque enseignement de ce revers ? Jamais, en cinquante et quelques années de vie publique, il n’a produit d’analyse de la guerre d’Indochine. Des faits d’armes, des épopées, des combats d’homme à homme, transcrits avec les tripes… toujours le nez collé sur l’événement – et encore, seulement l’événement guerrier –, sans jamais prendre la peine de lever la tête et, au moins, d’essayer, de voir l’ensemble du tableau. Le tout ponctué de remarques un peu faciles, du genre : « Nous, au contraire des Américains, nous avions des contacts avec la population du Vietnam. Nous savions vivre de riz dans un bambou, marcher, vivre, se battre comme eux. Nous avions – même adversaires – des liens créés par notre histoire et une langue commune ». Mais les Vietnamiens ont été ingrats : « Giap a été formé en France. Nous avons construit leurs routes, leurs écoles »13. Sous le baroudeur, toujours, le colonial…
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre IV.

Parcourons les années et les kilomètres.

Après l’Indo perdue...

il fallait coûte que coûte garder au pays l’Algérie, départements français, menacée par les mêmes adversaires. Bigeard y part en octobre 1955. Depuis exactement dix ans, il n’a guère passé de jours, ni de soirées, chez lui.
Le récit de sa guerre d’Algérie occupe la moitié de son principal ouvrage de mémoires, Pour une parcelle de gloire. C’est dans les djebels que, de bête de guerre un peu atypique, il est devenu le « premier para du monde ».
S’il n’a pas aimé la bataille d’Alger (« tout simplement, et hélas, un travail policier… […] Nous étions tellement forts face à quelques bombes, quelques armes, quelques tueurs », il a consacré de nouvelles pages d’autosatisfaction à ses nombreux faits d’armes dans le bled.
En novembre 1957, le commandant en chef, le général Salan, le charge de retrouver une bande de rebelles qui vient de tendre une embuscade. Récit :
« Arrivée le 13 novembre à Timimoun. Répartition de mes effectifs sur le terrain et travail de renseignements. Comme des fourmis, nous accumulons petit à petit les informations. Le 23 novembre, la colonne est repérée, l’opération immédiatement montée. Le soir, après une dure journée de combats, les rebelles sont anéantis […]. Retour dans les Nementchas. Nouveaux succès. Ma popularité s’accroît. En ville, mes paras sont les rois. Robert Lacoste, le ministre résidant en Algérie, me rend visite en opération. Le Monde me consacre de longs articles. Le “fellagha de l’autre bord”, le cas “Bigeard” irrite particulièrement les généraux. Je ne suis qu’un colonel ».
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre V.

Le décor a changé

De la brousse indochinoise, on est passé aux sables algériens...

Le capitaine, puis commandant, Viet parmi les Viets, est devenu colonel, Fellagha de l’autre bord, mais un élément, central, subsiste, l’égocentrisme : « mes effectifs… ma popularité… mes paras… me consacre… le cas Bigeard… », moi, moi, moi… au début, on en sourit, à la longue, on s’en lasse.
Après ces deux guerres – perdues, ne l’oublions tout de même pas, malgré les innombrables « victoires » bigeardiennes – il ne variera plus, ne ratant aucune occasion de se mettre en valeur, sous des dehors de feinte modestie, habillant cette véritable stratégie de communication par une gouaille populaire, alternant les gros mots et les bons mots.
Tel fut le style. Du beau travail.

Chapitre VI.

Naissance d’un mythe

La mise sous les feux de l’actualité de Bigeard

A commencé, on l’a vu, dès 1952. À partir de ce moment, ils furent nombreux, les journalistes à s’intéresser à lui. Par la suite, ses biographes, anciens militaires eux-mêmes, les Jean Lartéguy, Erwan Bergot, des historiens du dimanche travaillant pour des revues militaires sur papier glacé, n’eurent plus qu’à creuser, encore et toujours, le même sillon…
L’un des premiers portraits connus est dû à la plume prestigieuse de Joseph Kessel. Tous les ingrédients y figurent déjà. C’est dans le djebel, dans l’arrière-pays bônois, que l’écrivain-journaliste, lui-même grand voyageur et baroudeur, rencontre « Bigeard, le magnétique ». Dans un premier temps, lorsqu’il se présente comme journaliste, l’accueil est froid : « Tous ses muscles, vifs et secs, se dessinaient soudain sous l’étoffe. Les pommettes, les maxillaires supérieurs remuaient légèrement ». Mais Kessel a une lettre de recommandation d’un ancien de la division Leclerc : « Alors, les traits précis, austères, se détendirent, et j’aperçus pour la première fois sur ce visage la singulière clarté souterraine qui lui donnait une sensibilité, une naïveté et un charme extrême ». Quelques mois plus tard, toujours à Bône, Bigeard est victime d’une agression. Pendant qu’il faisait son footing quotidien, trois Algériens tentent de l’abattre. Il s’en sort miraculeusement, donnant un peu plus de chair encore à sa légende.
Un hebdomadaire grand public lui consacre un reportage photo : « Devant l’hôpital, “l’homme à la baraka”. Victime d’un attentat, le légendaire colonel Bigeard a effectué une première sortie, le 10 septembre ». Puis, c’est la bataille d’Alger, d’autres combats dans le djebel, avant de quitter définitivement l’Algérie, en février 1960, pour avoir de nouveau critiqué publiquement la hiérarchie.

L’homme en imposait.

Tous ceux qui l’ont rencontré et portraitisé – Kessel, déjà cité, et bien d’autres encore – ont avoué leur fascination, parfois trouble, pour ce baroudeur tout d’un bloc.
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre VII.

En 1960, paraissait un livre au succès considérable

(plus d’un million d’exemplaires vendus, plusieurs traductions)

Les Centurions, de Jean Lartéguy, ancien militaire. Bigeard y était le personnage central, sous le pseudonyme de Raspéguy, que chacun reconnut dès les premières lignes : « Il tenait aux médailles. Il aimait les fastes militaires, mais, à chaque fois il se sentait frustré. Il voulait quelque chose et ne savait pas quoi [...]. Sa patrie était l’armée plus que la France : dans son esprit, il lui était impossible de distinguer l’un de l’autre ».
S’y ajouta, trois années seulement après les accords d’Évian, le succès mondial de l’adaptation, par le cinéaste américain Mark Robson, du roman. Anthony Quinn, doté par la nature d’une sacrée belle gueule de baroudeur, y incarnait Raspéguy-Bigeard.
Le livre connut une seconde jeunesse aux États-Unis, lorsque les thématiques de la lutte contre le terrorisme, voire de la croisade contre le Mal, se sont imposées. Ce serait le général David Petraeus, commandant de la coalition militaire en Irak, puis en Afghanistan, grand lecteur de Lartéguy, qui serait intervenu personnellement pour une réédition de l’ouvrage en anglais. Lorsque l’auteur est mort, Pierre Assouline put écrire : « C’est peu dire que son propre manuel de contre-insurrection est inspiré d’un chapitre des “Centurions” ; celui-là même où Bigeard, alias Raspéguy, tirant les leçons de sa détention dans les geôles du Vietminh, décide d’adapter ses paras en Algérie à une guerre non conventionnelle où il faut d’abord couper son adversaire de la population, dès lors qu’elle lui fournit ravitaillement et informations. C’est un traité vivant et vécu de guerre contre-insurrectionnelle, dans lequel la dimension politique et psychologique, basée sur la primauté du renseignement, l’emporte sur l’aspect purement militaire des opérations […].
Jusqu’à la “manière” de faire parler à temps des combattants ayant disséminé en ville des bombes réglées pour exploser dans les vingt-quatre heures – ce qu’il appellera le ticking time bomb scenario, justifiant le recours dans l’urgence à la torture afin de sauver les vies de civils »
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre VIII.

Erwan Bergot

Auteur de multiples ouvrages

L’autre grand écrivain militaire fut un ancien d’Indo, officier para, Erwan Bergot, auteur de multiples ouvrages, dont cinq, au moins, confortent l’image de son idole : Les paras, Bataillon Bigeard, Indochine 1952-1954, Algérie 1955-1957 (préface du général Bigeard), Commandos de choc en Indochine, Les héros oubliés (re-préface du général Bigeard), Convoi 42, la marche à la mort des prisonniers de Dien Bien Phu, tout naturellement un Bigeard, pour finir par un Paras Bigeard.
Pour goûter au style Bergot, pas besoin de lire toute l’œuvre de l’écrivain.
Qu’il nous suffise de citer les premières pages de Bataillon Bigeard : lorsqu’il est au garde-à-vous devant un général, Bigeard est décrit comme « droit, les bras légèrement décollés du corps, les épaules en arrière échancrant la chemise entrouverte sur un torse puissant […], soignant son apparence, fier de sa forme comme un athlète au mieux de sa condition physique » ; puis, lorsqu’il est en mouvement, il a « cette démarche assurée qui n’appartient qu’à lui, les épaules dégagées accompagnant le rythme des pas, les bras décollés des hanches, la tête haut levée qui lui permet de regarder le monde comme s’il le dominait »… On nous permettra de dire qu’il y a là, pour le moins, une sorte d’attirance trouble pour la virilité-faite-homme qu’un psychanalyste expliquerait mieux qu’un historien.
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre IX.

En 1991

Un ouvrage de Jean-Jacques Servan-Schreiber

On sera sans doute plus surpris de constater que des hommes de gauche ont succombé à son charisme. En 1991, paraissait un ouvrage de Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui avait fait preuve durant la guerre d’Algérie de courage en publiant un témoignage, Lieutenant en Algérie, puis en ouvrant les colonnes de son hebdomadaire au général de la Bollardière. Il y brossait un portrait assez inattendu :
« Bigeard est, comme il dit, “un petit gars”. Un cas unique de soldat, engagé jeune, devenu sous-off, puis officier, pour atteindre le grade de général, sans éducation, sans concours, par sa simple excellence morale et physique. Et son extrême humanité : l’amour de ses hommes, la décision de sauter, à chaque bataille, toujours le premier en parachute ; c’est ainsi qu’il a été porté au zénith, par la clameur de ses légions. Son nom est devenu légendaire, personne ne peut plus jouer contre lui. Il est, lui, vraiment la France. Celle de Bayard, celle de Guynemer, celle de Leclerc, celle de nos rêves d’enfant ».
Tout est dit.
Il est tout de même singulier qu’à aucun moment, dans ces centaines de pages à la gloire du Centurion, les auteurs ne se soient posé la vraie, et même la seule, question historiquement intéressante : pourquoi ces guerres ? au service de quelle cause fut déployé tant d’héroïsme ?
Que les acteurs et témoins de la décolonisation tragique se soient trompés sur la nature et la signification de ces guerres, passe encore. Mais que toute la bigearderie (comme on dit bondieuserie) persiste à ce point dans l’aveuglement, après plusieurs décennies, dépasse l’entendement. Pardon à nos thuriféraires de paraphraser un autre de leurs héros, de Lattre : Bigeard s’est bien battu (avec les exceptions que l’on signalera tout de même) pour une bien mauvaise cause.
Source: Cahiers d’histoire

Chapitre X.

Hommage

à Toul

Let us now see whether the several facts and laws relating to the geological succession of organic beings accord best with the common view of the immutability of species, or with that of their slow and gradual modification, through variation and natural selection.

Chapitre XI.

On The Geological Succession Of Organic Beings

On the slow and successive appearance of new species

Let us now see whether the several facts and laws relating to the geological succession of organic beings accord best with the common view of the immutability of species, or with that of their slow and gradual modification, through variation and natural selection.

Chapitre XII.

Geographical Distribution

Present distribution cannot be accounted for by differences in physical conditions

In considering the distribution of organic beings over the face of the globe, the first great fact which strikes us is, that neither the similarity nor the dissimilarity of the inhabitants of various regions can be wholly accounted for by climatal and other physical conditions. Of late, almost every author who has studied the subject has come to this conclusion. The case of America alone would almost suffice to prove its truth; for if we exclude the arctic and northern temperate parts, all authors agree that one of the most fundamental divisions in geographical distribution is that between the New and Old Worlds; yet if we travel over the vast American continent, from the central parts of the United States to its extreme southern point, we meet with the most diversified conditions; humid districts, arid deserts, lofty mountains, grassy plains, forests, marshes, lakes and great rivers, under almost every temperature. There is hardly a climate or condition in the Old World which cannot be paralleled in the New--at least so closely as the same species generally require. No doubt small areas can be pointed out in the Old World hotter than any in the New World; but these are not inhabited by a fauna different from that of the surrounding districts; for it is rare to find a group of organisms confined to a small area, of which the conditions are peculiar in only a slight degree. Notwithstanding this general parallelism in the conditions of Old and New Worlds, how widely different are their living productions!

Chapitre XIII.

Geographical Distribution - Continued

Present distribution cannot be accounted for by differences in physical conditions

In considering the distribution of organic beings over the face of the globe, the first great fact which strikes us is, that neither the similarity nor the dissimilarity of the inhabitants of various regions can be wholly accounted for by climatal and other physical conditions. Of late, almost every author who has studied the subject has come to this conclusion. The case of America alone would almost suffice to prove its truth; for if we exclude the arctic and northern temperate parts, all authors agree that one of the most fundamental divisions in geographical distribution is that between the New and Old Worlds; yet if we travel over the vast American continent, from the central parts of the United States to its extreme southern point, we meet with the most diversified conditions; humid districts, arid deserts, lofty mountains, grassy plains, forests, marshes, lakes and great rivers, under almost every temperature. There is hardly a climate or condition in the Old World which cannot be paralleled in the New--at least so closely as the same species generally require. No doubt small areas can be pointed out in the Old World hotter than any in the New World; but these are not inhabited by a fauna different from that of the surrounding districts; for it is rare to find a group of organisms confined to a small area, of which the conditions are peculiar in only a slight degree. Notwithstanding this general parallelism in the conditions of Old and New Worlds, how widely different are their living productions!

Chapitre XIV.

Mutual Affinities Of Organic Beings

Classification, groups subordinate to groups

From the most remote period in the history of the world organic beings have been found to resemble each other in descending degrees, so that they can be classed in groups under groups. This classification is not arbitrary like the grouping of the stars in constellations. The existence of groups would have been of simple significance, if one group had been exclusively fitted to inhabit the land, and another the water; one to feed on flesh, another on vegetable matter, and so on; but the case is widely different, for it is notorious how commonly members of even the same subgroup have different habits. In the second and fourth chapters, on Variation and on Natural Selection, I have attempted to show that within each country it is the widely ranging, the much diffused and common, that is the dominant species, belonging to the larger genera in each class, which vary most. The varieties, or incipient species, thus produced, ultimately become converted into new and distinct species; and these, on the principle of inheritance, tend to produce other new and dominant species. Consequently the groups which are now large, and which generally include many dominant species, tend to go on increasing in size. I further attempted to show that from the varying descendants of each species trying to occupy as many and as different places as possible in the economy of nature, they constantly tend to diverge in character. This latter conclusion is supported by observing the great diversity of forms, which, in any small area, come into the closest competition, and by certain facts in naturalisation.

Chapitre XV.

Recapitulation And Conclusion

Recapitulation of the objections to the theory of Natural Selection

As this whole volume is one long argument, it may be convenient to the reader to have the leading facts and inferences briefly recapitulated.

On this doctrine of the extermination of an infinitude of connecting links, between the living and extinct inhabitants of the world, and at each successive period between the extinct and still older species, why is not every geological formation charged with such links? Why does not every collection of fossil remains afford plain evidence of the gradation and mutation of the forms of life? Although geological research has undoubtedly revealed the former existence of many links, bringing numerous forms of life much closer together, it does not yield the infinitely many fine gradations between past and present species required on the theory, and this is the most obvious of the many objections which may be urged against it. Why, again, do whole groups of allied species appear, though this appearance is often false, to have come in suddenly on the successive geological stages? Although we now know that organic beings appeared on this globe, at a period incalculably remote, long before the lowest bed of the Cambrian system was deposited, why do we not find beneath this system great piles of strata stored with the remains of the progenitors of the Cambrian fossils? For on the theory, such strata must somewhere have been deposited at these ancient and utterly unknown epochs of the world's history...